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Jun 03
Wednesday
Arts and Poetry, Atlantic Canada
Aller à la rencontre du sacré: une entrevue avec Stéphane Bédard

“La magie se trouve dans l’état d’esprit de l’artiste.  Cette magie est une magie éveillée.  L’esprit de l’artiste a la capacité de se mettre au diapason d’une sorte d’équilibre ou d’esprit alerte.  En fait, nous pourrions appeler cela l’Eveil.”  Chögyam Trungpa Rinpoche

 

ST – Bonjour Stéphane, je suis heureuse d’avoir la possibilité d’unir le Shambhala Times aux célébrations du dixième anniversaire des cycles d’Art Shambhala à Ottawa.  Pourrais-tu nous parler de ton expérience des enseignements de l’Art Dharma et de l’Ikebana?

arrangement ikebana par Stéphane Bédard

arrangement ikebana par Stéphane Bédard

 

 

SB – J’anime les ateliers Art Shambhala : éveiller le sacré depuis l’automne 1997, c’est-à-dire depuis le lancement du programme.  Je l’ai d’abord enseigné à Montréal pendant deux ans, puis je me suis établi à Ottawa.  Quant à l’Ikebana, c’est un art que je pratique et enseigne depuis longtemps, sous la direction de Watanabe Sensei, notre vénérable maître qui le transmet, elle, depuis 1957.  Chaque fois que j’anime un week-end d’Art Shambhala, je vais dans les bois couper des branches pour faire un arrangement dans la salle où se donne l’atelier.  Cela fait partie de ma préparation; je vais à la rencontre des dralas en pleine nature : ils m’apaisent.  Puis je monte l’ikebana, autre moyen d’éveiller le sacré, de convoquer les dralas.  Tout cela se fait dans le silence. Et aide à créer l’atmosphère.

ST – Comment ces enseignements ont-ils pris naissance à Ottawa?

SB – J’ai d’abord fait plusieurs soirées d’accueil avant de réunir assez de participants pour offrir une Partie I. À Ottawa, un atelier se donne sur deux jours, soit les samedi et dimanche, de 9 h à 18 h.  Les premières années, ce sont les membres du Centre qui s’y inscrivaient, nous avions, en général, de huit à douze participants.  J’ai tout de suite été frappé par leur vulnérabilité, leur courage aussi; dans ce genre de rencontre, on se révèle, on s’ouvre.  Souvent, les divers exercices proposés : arrangement d’objets, installation, calligraphie, mouvement, collage, poésie, conscience de l’espace, ikebana, peinture, etc. donnent lieu à une authenticité qui touche sur-le-champ, sans besoin d’expliquer, au-delà de toute conceptualisation.  Il y a des moments de grâce où la bonté primordiale des uns et des autres est célébrée — regarder attentivement les collages, les calligraphies ou les poèmes des participants, c’est chaque fois entrer dans un autre univers et découvrir des qualités qu’on ne soupçonnait pas. Il faut de la douceur dans l’air : le principe féminin dans ces ateliers doit être manifeste.  Beaucoup d’espace, d’ouverture d’esprit. On n’enseigne pas l’Art Dharma, dit Trungpa, on crée une atmosphère dans laquelle il peut se déployer.

Au fil des années, j’ai eu la chance de m’entourer de quelques personnes exemplaires qui m’aident beaucoup.  Chaleureuses et efficaces, elles saisissent le caractère sacré de ce travail.  Il y a beaucoup à faire, en peu de temps.  C’est une constante pratique de l’attention en action où tous doivent être précis, au service des autres.  Les membres du personnel font tout pour que les participants se sentent bien accueillis, y compris les petits déjeuners et les thés.  Et ils prennent part aussi à tous les exercices, avec joie.  Ce sont des créateurs qui aiment rencontrer des gens dans une atmosphère de méditation en action, où la dignité des uns et des autres vient enrichir les échanges qui suivent les courts exposés.  Car une matière est présentée : il ne s’agit pas d’aligner des exercices pour finir par être bien fier de sa calligraphie ou de son poème. Tout le programme est fondé sur les neuf yanas du bouddhisme tibétain.  Les séances de méditation sont courtes. L’accent est mis sur la méditation en action.  Nous présentons des enseignements qui aident les participants à découvrir ce qu’est la créativité et comment faire de sa vie un art. Il y a cinq week-ends, les Parties IV et V sont axées sur des principes chers au vajrayana.   

ST – Et comment se profile l’avenir de ces enseignements à Ottawa?

SB – Cette année nous fêtons notre dixième anniversaire dans cette ville où nous avons proposé, en moyenne, de cinq à six ateliers tous les ans, sans compter les soirées portes ouvertes.  Pour souligner l’événement, nous avons réalisé une vidéo à partir de photos prises au fil des ateliers depuis 2004.  Nous avons pour projet de faire un film au cours de l’année prochaine.

En 2009, nous avons dirigé un atelier au Département d’arts visuels de l’Université d’Ottawa.  Une quinzaine d’étudiants et de professeurs y ont assisté et ont appris, dans ce cadre, à méditer.  Les participants ont beaucoup apprécié ces enseignements.  Certains ont dit que ces cours devraient faire partie de leur formation universitaire. À suivre.

ST – Quel est l’impact de Trungpa Rinpoché dans ta vie?  Et dans ta manière d’enseigner?

SB – Comme j’ai eu le privilège de traduire l’œuvre de Rinpoché vers le français, notamment Dharma et créativité (Dharma Art), pendant plus de deux décennies et que ma thèse de doctorat porte sur la traduction de son œuvre, il va sans dire que mon rapport avec ce grand  maître est très intime.  Ce n’est pas facile de traduire un mahasiddha : vaut mieux pratiquer, étudier, enseigner beaucoup le dharma et bien connaître son métier de traducteur. En animant des ateliers d’Art Shambhala, j’ai littéralement découvert un autre aspect de son génie.  L’Art Shambhala permet de révéler concrètement la bonté primordiale dont tous les êtres humains sont doués.  Trungpa a compris que ni le bouddhisme, ni les enseignements Shambhala ne prendraient racine en Occident si cette sagesse ne s’insinuait pas aussi dans toutes les formes d’art.  Quoi de plus digne que d’exprimer sa joie, sa peine, par le truchement d’un art?  L’art invite la non-agression, instaure la paix et célèbre toutes les bontés primordiales.  Il aide à transcender tous les « ismes ».  Trungpa aime les artistes. Avec ce cycle d’enseignements, il leur donne une matière essentielle pour approfondir leur pratique et atteindre l’éveil.

Quand j’enseigne, j’ai Trungpa en plein cœur.  J’ai parfois l’impression qu’il me souffle l’enseignement. Nous appartenons, après tout, à la lignée du murmure à l’oreille.  Très pratique quand il faut traduire la pensée d’un bouddha.

ST – Quel est l’influence de ces enseignements dans la vie du Centre Shambhala d’Ottawa?

SB – L’automne dernier nous avons accueilli Lady Diana, épouse de Chögyam Trungpa, qui est venue nous entretenir de La société éveillée; cette rencontre a attiré au Centre bon nombre de non-membres.  Nous avons décidé de leur faire vivre la société éveillée en faisant notamment deux ateliers d’art shambhala parce que l’art a le pouvoir d’unir les gens, de les rassembler de manière non conceptuelle, sans passer par les conventions usuelles.  Ils ont, entre autres choses, écrit des poèmes sur le thème de la société éveillée, créé une installation et fait des collages qu’ils ont accrochés aux murs, selon un rituel particulier.  En l’espace de deux jours, la salle de méditation s’est peu à peu transformée en galerie d’art improvisée.  Nous avons célébré la société éveillée ici, maintenant.

En général, à la fin d’un week-end d’Art Shambhala, j’ai remarqué que les gens sont très reconnaissants, souvent même un peu plus qu’à l’occasion d’autres activités de pratique et d’étude.  C’est que le travail accompli en deux jours et la richesse, la singularité que manifestent les participants les touchent au cœur. Ils voient qu’il n’est pas toujours nécessaire d’être un artiste de métier pour s’exprimer avec authenticité. Tous peuvent s’inscrire à ces ateliers où se présentent aussi des gens qui ne viendraient jamais au Centre si on ne leur donnait pas l’occasion de pratiquer des disciplines artistiques.

Et pourquoi proposer Art shambhala : éveiller le sacré dans un Centre de méditation, ou ailleurs?  La créativité, le bonheur que ces enseignements cultivent sont indispensables dans un Centre, dans la ville, dans la vie.

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Stéphane Bédard

Stéphane Bédard

 

 

Notes biographiques : Élève de Chögyam Trungpa Rinpoche, il pratique, étudie et enseigne le dharma depuis 1978, au Canada et aux États-Unis.  Stéphane a traduit de l’anglais au français des livres de Chögyam Trungpa Rinpoche,  Pema Chödron, Jeremy Hayward et Mipham Rinpoche.  

Maître d’ikebana, il anime des ateliers art dharma dans le cadre du programme Art Shambhala : éveiller le sacré et enseigne tous les niveaux de l’Apprentissage Shambhala.  Établi à Ottawa où il est traducteur expert, aux Affaires culturelles, il pratique ce métier depuis une trentaine d’années.

 

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